C’est presque incroyable comme le temps passe, avec un vertige saisissant. Il y a peu, nous étions encore dans les saisons qui inauguraient le siècle, quand tout semblait possible, et maintenant, à peine un souffle plus tard, nous voilà dans la saison 2025/26. Cela veut dire que, sans nous en rendre compte, nous sommes vraiment entrés de plain-pied dans le XXI? siècle, car nous en avons déjà franchi le premier quart.
C’est comme lorsqu’au théâtre, après les premières scènes, on se retrouve soudain à un point où il est impossible de regarder en arrière, plongé au cœur de cette réalité, tout nous dépasse.
Nous aimons penser qu’au théâtre nous pouvons digérer tant d’accélération, revivre la vie qui se replie un moment sur elle-même pour tenter de mieux la comprendre. Pour nous dire ce que nous aimons et ce qui nous manque. Ici, tout est feint, mais rien n’est faux. Nous prononçons le nom de personnes qui n’existent pas, car elles nous aident à mettre des mots sur ce que nous imaginons. Une réalité possible autour de nous, presque inexistante, mais qui se renforce parce que nous allons au théâtre pour la découvrir. Nous l’imaginons et lui donnons forme. C’est notre manière de survivre au temps qui nous dévore. La parole dite et celle qui n’a pas encore été créée. C’est le portrait d’un carrefour qu’on ne peut traverser qu’avec l’aide des autres : des histoires rebelles contre l’oubli, contre la peur et contre le silence.
La mémoire de notre métier réside dans les autres. Cet hiver, nous jouerons Natale in Casa Cupiello au Teatre La Biblioteca, tandis que La Trena sera au Teatre Goya, MAC MEC MIC au Sant Andreu Teatre et El Petit Príncep au Paral·lel 62. Nous voyagerons avec A Macbeth Song jusqu’au Chili, la République tchèque, en passant par Sant Cugat, Vic, Gérone, Valladolid, au Condeduque du Madrid... À La Biblioteca, nous accueillerons Phèdre! d’après Racine, dans une production suisse, et la création de La nit abans dels Boscos de Koltès, mise en scène française et interprétée en catalan. Cristina Genebat fera ses débuts de metteuse en scène à La Biblioteca avec En la mesura de l’impossible de Tiago Rodrigues, et pendant ce temps, nous nous installerons au Teatre de Sarrià pour vivre intensément La Nit de les tríbades. Et tandis que La Tempestat poursuivra sa tournée, nous approcherons lentement le repos de l’été avec la rencontre des passés de notre histoire collective dans L’Albada, avec une jeune compagnie qui nous donnera envie de tout réimaginer. Et alors, nous nous reposerons, mais avec un œil déjà tourné vers la saison suivante, avec Lorca, Shakespeare, Miller et...
Et sans que nous nous en apercevions, beaucoup d’années encore auront passé, et nous serons entourés de tant de personnages qui nous attendent déjà aux frontières de ce que nous n’avons pas encore dit, pas encore pensé à dire, mais que nous voudrons nous dire pour suspendre le temps un instant, ne serait-ce que le temps d’une représentation.
Oriol Broggi
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