« Et le mot *contents* [heureux], dernier mot du roman, n’est pas gratuit. Je ne l’ai pas mis là par hasard. Il laisse entendre que, même si le monde connaît tant de tristesse, quelqu’un peut toujours le sauver avec un peu de joie. Quelques oiseaux, par exemple. “*Et dans chaque flaque, aussi petite soit-elle, il y aurait le ciel... le ciel qu’un oiseau venait parfois disperser... un oiseau qui avait soif et qui, sans le savoir, dispersait avec son bec le ciel de l’eau... ou quelques oiseaux bruyants qui descendaient des feuilles comme des éclairs, plongeaient dans la flaque, s’y baignaient, les plumes ébouriffées, et mélangeaient le ciel à la boue, aux becs et aux ailes. Contents...*”
*La place du Diamant* est loin de moi. Comme si ce n’était pas moi qui l’avais écrite. Très loin. En ce moment, au moment d’achever cette préface, c’est mon jardin qui me préoccupe. Les prunus sont déjà en fleurs, d’un rose pâle, ainsi que le petit lilas des Indes, d’un rose corail. La tramontane se lève et va les malmener. Je vais voir ce qui se passe avec le vent et les fleurs. »
Mercè Rodoreda
Préface de La place du Diamant
Tots Ocells, de Wajdi Mouawad, est une œuvre traversée par les blessures de l’histoire, les frontières, les langues et les conflits qui continuent de nous interpeller. C’est aussi une œuvre à laquelle on revient pour sa beauté.
C’est une histoire qui va au-delà des mots. Une beauté qui naît de la manière dont les corps se rencontrent, s’évitent, s’attirent et se repoussent, de la façon dont les voix traversent l’espace et dont les langues créent des ponts, mais aussi des abîmes. Dans la mise en scène d’Oriol Broggi, les personnages semblent habiter un territoire en mouvement constant, comme si chacun traînait avec lui son propre monde.
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